Une explication sur le revers soudain de Trump et de l’agression US en Syrie ?

Analyse des relations Etats-Unis-Russie-Israël par le Général Dominique Delawarde*

https://www.polemia.com/analyse-des-relations-etats-unis-russie-israel-par-le-general-2s-dominique-delawarde/

Article paru sur Polémia qui pourrait expliquer, en partie, le revirement soudain et apparemment suicidaire de Donald Trump concernant son programme, sa politique non interventionniste et ses promesses de campagne vi a vis de la Russie après l’agression américaine du 7 avril en Syrie.

A lire absolument

*Général (2S) Dominique Delawarde (Ancien chef du bureau Situation-Renseignement-Guerre Électronique » de l’État major Interarmées de Planification Opérationnelle)

 

EXTRAITS:

"Pour assurer son pouvoir, Poutine a dû affronter une nomenklatura et une oligarchie ayant une très forte composante issue de la communauté juive (25% sur les 200 principaux oligarques, beaucoup plus sur la nomenklatura héritée de Eltsine).

Pour éliminer ses principaux opposants membres de cette oligarchie, Poutine a dû frapper fort et faire des exemples (Berezovski, Goussinski, Mikhaïl Khodorkovski,Vladimir Yevtushenkov…).

S’agissant de la nomenklatura, il a remplacé progressivement les proches de Eltsine par des hommes à lui à tous les postes clefs. L’influence du Congrès juif de Russie s’en est trouvé, peu à peu, considérablement réduite."

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Poutine sait depuis longtemps qui a monté, contre les intérêts russes, le coup d’État de Maidan en Ukraine alors qu’il préparait et tentait de réussir ses jeux olympiques de Sotchi.

Il sait que Victoria Nulland, maître d’oeuvre US de ce coup d’état, est une néoconservatrice pure et dure d’ascendance ashkénaze. Il connaît les liens très étroits qui lient les néoconservateurs US à l’AIPAC (American Israeli Public Affairs) Commitee) et l’AIPAC à Israël.

Il connaît ceux qui, au Congrès US, s’opposent aujourd’hui à toute amélioration des relations USA – Russie, pourtant souhaitée par Trump. Il sait l’influence qu’exerce Benjamin Netanyahu sur ces « néocons » du Congrès US.

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S’agissant d’Israël ces moyens utilisés vont inclure l’action conjointe de tous les lobbies qui le soutiennent dans de grands pays (USA, France, GB, Canada, Australie, mais aussi Russie, Brésil, Argentine). Ces lobbies qui lui sont attachés sont particulièrement actifs dans la politique, les médias, les affaires et chez les people.

Le russian bashing dans les médias occidentaux et l’attaque systématique dans ces mêmes médias de tous ceux qui, de près ou de loin, soutiennent la Russie ou veulent simplement dialoguer avec, ou avec tout autre adversaire d’Israël, peuvent facilement se comprendre ainsi.

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Aipac

Dès 1951, l’AIPAC (American Israeli Public Affairs Comittee), principal outil d’influence d’Israël sur le gouvernement des États-Unis, est créé. Il se donne six objectifs principaux :

  1. Faire du lobbying auprès du Congrès américain et de la Maison Blanche pour préserver les intérêts israéliens,
  2. S’assurer du veto des États-Unis contre toute résolution de l’ONU condamnant les actions israéliennes,
  3. Assurer une aide financière et militaire généreuse envers Israël,
  4. Préparer la future génération de leaders US pro-Israéliens,
  5. Surveiller les votes et les propos des élus américains concernant les affaires liées de près ou de loin à Israël,
  6. Coordonner et orienter les donations des juifs américains pour les candidats aux élections, notamment présidentielles.

Il est important de noter que ce puissant lobby est riche, bipartisan et plutôt transparent

Après plus de 65 ans d’existence, il est particulièrement efficace tant chez les Démocrates que chez les Républicains. Il ne cache pas grand-chose de ses objectifs et de ses méthodes.

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"Il est également important de noter qu’au travers des donations aux candidats aux élections, l’AIPAC « achète » évidemment le vote du parlementaire élu grâce à son aide, ou la position de politique étrangère du Président des États-Unis élu grâce aux donations de ses membres, ou des postes clefs de conseillers dans la haute administration US, notamment dans la politique étrangère, dans le secteur de la défense et dans le renseignement."

L’AIPAC peut évidemment compter sur une très forte majorité des médias qu’il contrôle et qui lui est dévouée et sur de nombreux people qu’il a contribué à promouvoir.

A noter que ce système qui fonctionne de manière ouverte aux USA, existe aussi, mais de manière plus occulte, dans certains autres pays de la « coalition occidentale ».

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Pour compléter ce dispositif, le Mossad a mis en place, principalement aux USA mais aussi ailleurs, un dispositif très efficace facilitant le renseignement et l’action directe. Il s’agit du système unique des sayanims, individus de bon niveau et bien placés dans la société, membres de la diaspora et acceptant d’aider Israël.

Ce système est parfaitement décrit par Jacob Cohen dans sa courte conférence consultable sur You Tube https://www.youtube.com/watch ?v=2FYAHjkTyKU

Selon lui, ils seraient environ 15 000 aux USA.

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Quid de la relation entre l’AIPAC et Trump aujourd’hui ?

Le 21 Mars 2016, Hillary Clinton et Trump ont effectué leur « grand oral » à la conférence annuelle de l’AIPAC.

Le flamboyant Trump a fait un tabac auprès des congressistes mais pourtant, c’est la prévisible et plus « docile » Hillary qui a été adoubée par la direction de l’AIPAC au grand dam de ses militants.

Notons au passage un élément important de ce choix : H. Clinton affichait son hostilité, voire une véritable agressivité à l’égard de la Russie tandis que Trump proclamait qu’il fallait s’entendre avec les Russes et coopérer avec eux dans la lutte contre le terrorisme.

La position de Trump sur la Russie ne pouvait qu’indisposer l’AIPAC, représentant les intérêts d’Israël, adversaire de la Russie, et les néoconservateurs (liés à l’AIPAC), partisan d’une suprématie sans partage des USA.

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Selon Haaretz qui nous a livré leurs noms, les 5 plus gros donateurs de Clinton étaient également juifs. Cela donne une idée du niveau de l’investissement de l’AIPAC, représentant les intérêts d’Israël, dans la campagne présidentielle US. Cela donne aussi une idée du niveau des retours sur investissement attendus par l’AIPAC.

Quels ont été ces retours jusqu’à présent ? Ils semblent à la hauteur de l’investissement mais sans plus. Il y a :

• La promesse de campagne de transférer l’ambassade US de Tel Aviv à Jérusalem, dont nul ne sait si Trump la tiendra,

• Le projet de décret présidentiel contre l’ONU qui a osé défier Israël par une condamnation de la politique d’implantation en Palestine occupée, à l’unanimité du conseil de sécurité (14 à 0, abstention US). Nul ne sait encore si Trump va signer ce décret.,

• La nomination comme ambassadeur en Israël de David Friedman, soutien de la colonisation israélienne en Cisjordanie et adversaire déclaré d’une solution à deux Etats,

• La nomination comme conseiller spécial sur les affaires du Proche et Moyen orient de Jared Kushner, 36 ans, gendre de Trump et mari d’Ivanka, juif orthodoxe, soutien assumé d’IDF (Israeli Defense Forces), sayan dont l’impartialité sur le problème israélo-palestinien est loin d’être évidente.

• La nomination de quelques membres du cabinet : Steven Mnuchin, secrétaire au Trésor, Gary Cohn, directeur au budget entre autres.

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Mais Trump a également mis en place de puissants contre-pouvoirs en nommant Steve Bannon*, haut conseiller à la stratégie (*).

Directeur de campagne de Trump mais trop indépendant de l’AIPAC, Bannon dérange au point qu’une campagne est organisée contre lui pour obtenir son départ. Il est qualifié de raciste, de suppôt de l’extrême droite et d’antisémite par ses opposants dont il n’est pas très compliqué de savoir qui les instrumentalise en sous-main.

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Trump a également nommé au département d’État (ministère des affaires étrangères) Rex W Tillerson, un proche de Vladimir Poutine, décoré par lui de l’ordre russe de l’amitié en 2013. Ceci ne fait les affaires ni de l’AIPAC, ni d’Israël. Lors de son audition par la commission des affaires étrangères, Tillerson a dû simuler une prise de distance suffisante avec la Russie pour pouvoir obtenir sa confirmation mais il a dû aussi promettre de prendre Elliot Abrams, candidat de l’AIPAC, comme adjoint.

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Enfin Trump a nommé à des postes clefs 4 généraux (un record) qui ne semblent pas avoir de liens avec l’AIPAC. Flynn, conseiller à la Sécurité Nationale ; Mattis, secrétaire à la Défense ; Kelly, secrétaire à la sécurité du territoire ; Zinke, secrétaire à l’intérieur.

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Ceux qui souhaitent creuser le sujet des relations USA-Israël peuvent se référer à l’excellent ouvrage de John Mearsheimer et Stephen Walt, deux universitaires de très haut niveau en science politique des l’universités de Chicago et d’Harvard : The Israël Lobby and U.S. Foreign Policy « Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine ».

(Résumé en français sur http://republique-des-lettres.fr/10050-mearsheimerwalt.php

Les deux universitaires ont évidemment perdu leur poste et leur carrière (la liberté d’expression a des limites aux USA et les vérités ne sont pas toutes bonnes à dire), mais cela donne de la crédibilité à l’ouvrage qui est intéressant et très argumenté.

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Depuis que Trump a exprimé sa volonté d’améliorer la relation USA-Russie, l’hystérie russophobe a véritablement explosé dans tous les milieux sous forte influence AIPAC (camp démocrate, néocons, médias, sayanims, people).

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Aujourd’hui, Israël n’a pas changé d’avis. Trump, le russophile, élu malgré tous les efforts consentis pour le faire battre, avec 95% des médias contre lui, un budget de campagne de 800millions de $, très inférieur à celui de Clinton (1,3 milliard de $) n’est pas le Président espéré par Tel Aviv et il faut donc le mettre dans une situation telle qu’ il ne puisse pas réaliser un rapprochement avec la Russie, préjudiciable aux intérêts israéliens.

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Soutenus par l’AIPAC, les néoconservateurs et les sayanims de tous les secteurs, les médias et les people sont à la manœuvre.

Le milliardaire SOROS (et criminel contre l’humanité), 87 ans ( The Soros Files), (Stop Soros), d’ascendance ashkénaze, bien connu pour avoir financé toutes les « révolutions colorées » dans le monde, expert de classe mondiale dans la création du chaos, fervent soutien et second principal donateur de la campagne d’Hillary, dirige la dissidence en finançant très ouvertement les manifestations anti-Trump dans quelques grandes villes à forte majorité démocrate.

Ces manifestations sont évidemment relayées et leur ampleur fortement exagérée par des médias complices, y compris en Europe.

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Du côté du Congrès, Netanyahu et l’AIPAC comptent aussi sur l’appui de leurs nombreux soutiens néocons démocrates mais aussi républicains.

Dans le propre camp du président élu, le sénateur Mc Cain, président de la commission de la défense, et le sénateur Lindsay Graham, président de la commission des affaires étrangères, ont déjà déclaré leur opposition déterminée à toute levée par Trump des sanctions contre la Russie.

Les jeunes sénateurs Rubio et Cruz, anciens concurrents de Trump à la primaire républicaine, qui souhaitent évidemment poursuivre une brillante carrière politique, se sont prononcés, eux aussi, contre tout rapprochement avec « l’ennemi » russe.

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Dans de telles conditions, Trump aura du mal à faire valoir son point de vue et à tenir ses promesses de campagne. Il rencontrera beaucoup d’obstacles sur le chemin de la normalisation des relations avec la Russie.

Il n’a pas la majorité au Congrès sur tous les sujets si l’on tient compte des parlementaires néocons de son propre camp qui travaillent directement pour l’état hébreu.

Pour conclure, sur les relations USA-Israël, le seul homme qui dispose vraiment de la majorité absolue au Congrès US aujourd’hui est bien Benjamin Netanyahu.

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Mais Trump est un homme fort, déterminé et malin qui sait parler au peuple américain.

Contre toute attente, il a gagné les primaires républicaines. Contre toute attente, contre 95% des médias et des instituts de sondage, et avec moitié moins de dépenses que son adversaire, il a gagné la présidentielle.

Il ne renoncera peut être pas à la normalisation des relations avec la Russie. Son Secrétaire d’État Tillerson est populaire. Nous aimerions partager son optimisme mais les dernières nouvelles ne le confortent malheureusement pas dans son analyse ...

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Ce système « pro-Israël » qui fonctionne parfaitement aux États Unis existe-t-il à l’identique dans d’autres pays ? La réponse est oui.

En France, il existe bien un lobby dont l’influence a été évoquée par François Mitterand. Il existe bien des néocons qui influencent les décisions de politique étrangère et de défense.

Le journaliste d’investigation Vincent Jauvert en a débusqué tout un groupe qui contrôlerait le Quai d’Orsay et serait gentiment surnommé par leurs collègues : « la secte ».

Quant aux sayanims, ils seraient environ 2000 en France selon Jacob Cohen.

On les trouve évidemment dans le gouvernement et la haute administration, au parlement (60 députés franco – israéliens), aux Affaires Étrangères, à la Défense, dans le renseignement, dans la presse, dans l’audiovisuel, à la culture, dans les affaires et chez les people.

Ceci explique que notre politique étrangère soit strictement alignée sur celle des USA depuis 2007.

Ceci explique aussi que notre presse se soit strictement alignée sur la presse US pour porter la candidature d’Hillary, la russophobe, contre Trump le russophile.

Ceci explique enfin pourquoi nos médias poursuivent le dénigrement systématique de Trump avec leurs partenaires US.

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On peut aussi se demander si le « système » décrit ci dessus, en essayant de promouvoir, pour les prochaines présidentielles françaises, un candidat à sa botte, ne fait pas payer à Mr François Fillon (et Marine Lepen) et sa volonté affichée de dialogue avec Poutine et Bachar el-Assad, deux adversaires d’Israël.

Le simple examen des noms, des CV et des entreprises des patrons des médias les plus agressifs envers Mr Fillon (et Marine Lepen) est, en effet, assez révélateur:

Il y a le groupe Le Monde avec Louis Dreyfus, Pierre Berge, et David Niel (Le Monde, La Vie, Le Huffington Post, Le courrier international, le Nouvel observateur, rue 89, etc.)

Mais il y a surtout les médias du franco-israélien DRAHI, sayan émérite, qui a reçu le prix Scopus de l’université hébraïque de Jérusalem le 18 mars 2015 : (L’Express, L’Expansion, L’Étudiant, Libération, BFMTV, RMC, I24… etc.),

Et c’est encore pire lorsqu’il s’agit de Marine Lepen qui est, la cible principale de la propagande, de la campagne de diabolisation et d’ostracisme menée par les medias cités, mais aussi l’état socialiste et ses relais dont les groupuscules fascistes de gauche qui utilisent la violence pour terroriser et intimider ses supporteurs.

Le nombre et la notoriété des titres coalisés autour de la candidature de M. Macron, donc contre celle de François Fillon (et Marine Lepen), sont impressionnants.

Le bon peuple sera-t-il dupe ? 

Les médias de Drahi et de Bergé décideront-ils, à eux seuls, de l’issue du scrutin d’avril prochain, en « travaillant » quotidiennement au corps les électeurs français ?

Les français auront-ils un sursaut de lucidité en rejetant cette forte incitation médiatique à voter selon le plan des Drahi, Bergé et consorts, et en faisant mentir les sondages comme ils l’ont fait en novembre et janvier dernier ?

L’avenir nous le dira.

*-Steve Bannon ne fait plus partie du Conseil national de sécurité. L’éminence grise du président Donald Trump, reste néanmoins conseiller en chef du président.

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